EDITO : « La CRE, par sa position de gardienne de l’équilibre du système énergétique, doit libérer l’avenir. » Jean-François Carenco, Président

Dès mon arrivée, j’ai tenu à lancer un Comité de prospective au sein de la Commission de régulation de l’énergie. Loin de le concevoir comme instrument d’influence ou d’affichage, j’y voyais un outil de construction collective, adapté à un monde énergétique soumis à de profondes transformations. Le bon exercice des missions de la CRE la contraint à la plus extrême attention face
aux évolutions du monde. Aucun pays, aucune institution, aucun acteur énergétique ne sauraient se réfugier derrière d’anciennes certitudes trop confortables. Deux mouvements, notamment, poussent l’âge contemporain à se remettre en cause.

Tout d’abord, la transition énergétique. Les opinions publiques mondiales changent. Elles interpellent leurs gouvernements avec une fermeté inédite sur leurs actions en matière de développement durable. En 50 ans, le niveau des océans pourrait s’élever d’un mètre d’ici le siècle prochain. Les ouragans et cyclones, les feux de forêt et sécheresses, défraient une actualité toujours plus génératrice de catastrophes ; la France n’est pas épargnée, comme le montra récemment la dévastation des îles de Saint-Martin et Saint-Barthélemy. A quoi s’ajoutent des
risques d’ampleur nouvelle pour des centaines de millions d’êtres humains menacés par les migrations climatiques et les grandes pauvretés. Les maladies liées aux impuretés de l’air sont désormais connues, affectant particulièrement les enfants, les personnes âgées, les plus faibles. Le mouvement est planétaire, comme le montra l’accord de Paris de décembre 2015. Il faut moins polluer, il faut plus se renouveler, il faut innover, coopérer, surprendre. Il faut maîtriser notre empreinte écologique.

Ensuite, la révolution numérique. Nos économies disposent depuis la révolution numérique d’instruments inédits d’innovation, d’efficacité et de réappropriation par les citoyens euxmêmes
de nombreux phénomènes qui leur échappaient. L’énergie ne fait pas exception. En matière de maîtrise des réseaux, de contrôle de sa propre consommation, d’économies d’énergie, de planification, le numérique ne fait que commencer à alimenter l’imagination des esprits industrieux, pour vivre mieux. Toutefois, les craintes face aux dérives des usages algorithmiques, dépossédant les gens de tout contrôle sur des techniques assimilées à des technologies de surveillance et de gestion fine des comportements, s’expriment de plus en plus. C’est le rôle de la CRE d’évaluer le bénéfice social des nouvelles techniques, au service du consommateur, pour que le progrès technique demeure un outil au service des citoyens, dans un marché ouvert et renouvelé.
Transition énergétique, révolution numérique : le monde change. La CRE, par sa position de gardienne de l’équilibre du système énergétique, doit animer le travail d’éclairage
de l’avenir. Tous les acteurs de l’énergie ont ainsi participé à des travaux passionnants toute l’année. Qu’en retient-on ?

  • Une étude sur les enjeux stratégiques commandée aux consultants d’E-Cube, qui dessine un monde énergétique différent, dans lequel le défi de la transition énergétique a été relevé. En 2050, les énergies renouvelables, très compétitives, pourraient s’imposer, mêmes intermittentes, par la gestion des flexibilités. Développement massif du stockage, des investissements dans un monde de prix volatils, techniques de décentralisation des systèmes… Nous pouvons affronter l’avenir, et même l’aimer.
  • Deux missions internationales, en Californie et en Chine, les principaux émetteurs de gaz à effet de serre mondiaux, mais également les économies les plus engagées dans la lutte contre le changement climatique. Terres de conciliation entre immenses efforts d’innovation et efficacité industrielle, elles sont les lieux où se dessine l’avenir énergétique.
  • Trois rapports des trois groupes de travail du Comité prospective.
    • Le premier traitant de l’impact du développement des mobilités propres sur le mix énergétique. Electromobilité, efficacité de batteries de moins en moins chères, enjeux du pilotage de la charge, avenir des biocarburants, déploiements de techniques numériques d’optimisation, le rapport éclaire un monde d’enjeux et de possibilités.
    • Le deuxième rapport concerne la flexibilité et le stockage sur les réseaux d’énergie à horizon 2030. Le développement massif des énergies renouvelables intermittentes, qui ne
      produisent pas de manière coordonnée avec la consommation, doit être envisagé avec celui du stockage par batterie, une baisse des coûts, une flexibilité saisonnière et une
      gestion moderne des réseaux.
    • Le troisième rapport étudie les impacts complexes du numérique sur le consommateur d’énergie et décrit un monde de larges opportunités, maîtrisées par les entreprises mais encore pas complètement exploitées par les consommateurs.

Eclairer l’avenir, animer un débat permanent entre acteurs de l’énergie pour envisager avec confiance les évolutions futures du secteur de l’énergie, c’est l’objectif de ce Comité de prospective dont cette première saison a montré qu’il n’était pas utopique de parier sur l’intelligence collective.

Jean-François Carenco, Président