Interviews de Célia de Lavergne, députée de la Drôme et Jean-Charles Colas-Roy, député de l’Isère

Célia de Lavergne, députée de la Drôme et Jean-Charles Colas-Roy, député de l’Isère, ont été désignés respectivement rapporteure pour avis de la commission des Affaires économiques, et rapporteur de la commission du Développement durable et de l’Aménagement du territoire dans le cadre de l’examen du projet de loi sur la fin de l’exploitation des hydrocarbures à l’Assemblée nationale. Jeunes parlementaires LREM fraîchement élus, ils exposent leur vision des enjeux de la transition énergétique.

Qu’est-ce qui, notamment dans vos parcours, vous a conduit à vous intéresser à des questions aussi techniques que l’énergie et le développement durable ?

CdL : J’ai une formation d’ingénieur spécialisé dans l’urbanisme et les services urbains (X-Ponts) et j’ai travaillé dans différents domaines de ce secteur. Avant de m’installer dans la Drôme, j’ai notamment été la conseillère de Jean-Louis Missika, l’adjoint à l’urbanisme et l’innovation de la Maire de Paris, sur toutes les questions relatives au développement durable. Il m’avait confié le suivi de la Cop 21 et des dossiers smart city. C’est comme cela que j’ai mis le pied à l’étrier. L’énergie est un sujet réputé technique, mais j’aime les challenges ! C’est surtout un domaine d’une très grande richesse, qui permet d’aborder des problématiques économiques, sociales, environnementales.

JCCR : Après mes études d’ingénieur à l’Institut National Polytechnique de Grenoble, j’ai co-fondé une société dans l’efficacité énergétique. Mon engagement politique se fonde sur la volonté de laisser aux générations futures un pays en meilleur état sur les plans économique, social et environnemental. Je n’ai pas d’appétence particulière pour les sujets techniques, mais notre mission de parlementaire est d’aller au fond des sujets pour pouvoir challenger le gouvernement dans la rédaction de ses projets de lois et auditionner correctement les acteurs du secteur.

Rapporteurs pour deux commissions distinctes du premier projet de loi sur l’énergie du gouvernement, vous avez travaillé de façon très concertée.

CdL : En effet, il nous a semblé plus pertinent de travailler main dans la main. Nous avons mené toutes les auditions conjointement. Plus largement, nous œuvrons afin de faire collaborer nos deux commissions sur ce sujet transversal qu’est l’énergie. Au sein du groupe parlementaire LREM, nous co-animons depuis septembre un groupe de travail informel sur l’énergie qui vise à nous éclairer, à débattre et à construire des positions communes de groupe sur ces questions. Les travaux auront bientôt lieu dans le cadre d’un groupe d’études « énergie » transpartisan qui devrait être constitué d’ici fin décembre. Nous y abordons tous les sujets, notamment le devenir de la filière nucléaire, l’efficacité énergétique des bâtiments et la rénovation, l’autoconsommation, la méthanisation ou l’éolien, plus largement le développement des énergies renouvelables.

JCCR : En caricaturant, le découpage des sujets énergétiques entre les deux commissions semblait acter un clivage entre, d’un côté, une vision économique et industrielle et, de l’autre, celle des « idéalistes », avec des objectifs de changement très ambitieux. Or, nous sommes tous deux à mi-chemin entre la prise en compte des enjeux économiques et l’ambition environnementale pour les générations futures.

Nous œuvrons au quotidien pour construire une approche globale commune, à la fois économique et environnementale, sur ce sujet.

Qu’apporte la loi sur la fin de l’exploitation des hydrocarbures et quelles étaient les divergences avec le Sénat ?

CDL : Le Sénat avait détricoté le texte en introduisant une série de dérogations à cette interdiction, notamment pour des « hydrocarbures destinés à des usages non énergétiques », tels que la pétrochimie. Cela a montré une vision sur le texte totalement opposée. Nous avons donc supprimé, en deuxième lecture, les exceptions introduites par le Sénat. Cependant, sur certaines parties du texte, nous avons conservé ou aménagé des améliorations apportées par les Sénateurs, par exemple sur la réforme de stockage du gaz naturel dans l’article 5. Par ailleurs, il est important de rappeler que cette loi fait partie d’un ensemble de mesures portées par le gouvernement. Elle doit se concevoir à l’aune d’une vision globale sur la transition écologique.

JCCR : Cette loi est à la fois ambitieuse et responsable. A l’horizon 2040 la France sera le premier pays au monde à ne plus produire, rechercher et exploiter des hydrocarbures. Le pays va porter son attention sur d’autres énergies. Les investissements doivent être dirigés vers les énergies décarbonées, la maîtrise de la consommation et l’efficacité énergétique. En même temps, nous ne revenons pas sur les droits acquis par les industriels, qui ont des permis de recherches et d’exploitation en vigueur. Ils ont le temps de s’adapter. A l’Assemblée nationale, nous étions au clair sur les efforts à faire pour acter la transition énergétique. Ce qui n’était pas le cas au Sénat.

Cette loi indique clairement que l’utilisation des énergies fossiles, même si elle perdure pour certains usages, fait davantage partie du passé que de l’avenir.

Quelle est votre vision sur le traitement des sujets de transition énergétique ? Quelles sont les grandes décisions qui devront être prises ?

JCCR : Je me sens très en phase avec l’approche à la fois visionnaire et pragmatique de Nicolas Hulot, le ministre d’Etat à la Transition écologique et solidaire. Plutôt que de grandes décisions, je préfère des mesures concrètes pour acter les changements et de les rendre irréversibles. L’efficacité énergétique va permettre de résoudre l’équation de l’évolution du mix électrique et de redonner du pouvoir d’achat à des familles en précarité. Parmi les grands sujets à venir, il y a la programmation de la réduction de la part du nucléaire, le développement des énergies renouvelables et l’impact de ces évolutions sur les réseaux d’électricité. Une grande réflexion doit aussi être menée sur la fiscalité énergétique pour une bonne valorisation du prix du carbone à l’échelle européenne et internationale.

CdL : Je suis particulièrement attentive à trois sujets. Une meilleure maîtrise de la consommation, par la rénovation des bâtiments, mais aussi par l’éducation et la sensibilisation des Français à des gestes quotidiens d’économie d’énergie, est fondamentale. Le deuxième sujet est celui de l’accélération du développement des énergies renouvelables. Il faut simplifier et accélérer les procédures administratives. Sébastien Lecornu, secrétaire d’Etat auprès du ministre à la Transition écologique et solidaire, a lancé un travail sur ce sujet pour l’éolien. Il faut le faire pour toutes les filières renouvelables. Enfin, il faut préparer très en amont, dans le cadre d’une approche territoriale, l’éventuelle transformation des sites industriels impactés par le scénario de programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) qui sera retenu à la mi-2018. En particulier, un sujet important est le devenir de la filière nucléaire. La question n’est pas seulement celle de la fermeture des centrales, c’est aussi celle du seuil de libération des matériaux, du démantèlement, de la pertinence d’installations de nouvelle génération, etc.

Quels sont les prochains grands rendez-vous à venir ?

CdL : Actuellement, des ateliers sont organisés pour préparer la PPE, que je suis de près grâce à ma nomination, fin novembre, au Conseil supérieur de l’énergie. Leurs conclusions sont attendues à la mi-décembre. Début 2018, la commission des Affaires économiques mènera des auditions spécifiques en parallèle de la consultation publique. Le premier semestre 2018 sera consacré à la construction d’une vision commune pour réussir la transition énergétique. Nicolas Hulot doit également annoncer un Green New Deal pour 2018, qui sera un pacte pour un nouveau modèle économique.

JCCR : Concernant les sujets énergétiques, la loi de simplification, prévue au premier trimestre 2018, comportera des mesures sur l’éolien, en lien avec les réflexions menées par le groupe de travail lancé par Sébastien Lecornu. Ensuite, le grand plan de rénovation énergétique des bâtiments, annoncé en novembre, va voir sa déclinaison pratique se mettre en place. Le 12 décembre, des annonces sont attendues à l’occasion du grand sommet One Planet Summit pour fêter l’Accord de Paris et parler financement de la transition écologique. Enfin, les groupes de travail mobilité avancent dans leurs travaux. Une grande loi est attendue au premier semestre 2018.