Mechthild Wörsdörfer «Il faut un objectif ambitieux pour l’Europe en matière d’énergies renouvelables.»

Quelle est aujourd’hui la place des ENR dans la production d’électricité au niveau européen ?

Mechthild Wörsdörfer : Nous avons un objectif au niveau européen de 20% de renouvelables dans le mix énergétique en 2020. L’Union européenne a dépassé les 17% et
nous sommes confi ants sur le fait que nous allons atteindre l’objectif fixé, même si cela nécessite des efforts continus de la part de tous les États membres. Il ne faut pas relâcher
l’attention !

Pour ce qui concerne la production d’électricité, la part des ENR est en constante augmentation, et a atteint près de 30% en 2016 sur l’ensemble de l’UE, contre 20% en 2010. En 2030, la moitié de l’électricité environ devrait être produite à partir d’énergies renouvelables.

Au niveau national, on observe de grandes différences. L’Espagne affichait par exemple en 2016 une part d’électricité renouvelable d’environ 37%, la Roumanie de 42% et l’Autriche
de plus de 70%. À l’inverse, la France, la Belgique et les Pays-Bas sont respectivement autour de 19%, 16% et 13%. Ces différents taux sont bien sûr soumis à des variations d’une année à l’autre, notamment pour les pays dépendant largement de l’hydroélectricité.

En général, tous les États membres ont augmenté leur part d’énergies renouvelables dans la production d’électricité depuis 2005, même si cela s’est fait à un rythme très différent en fonction des États. Sur la base du succès de nos politiques et de nos objectifs à l’horizon 2020, nous sommes actuellement en train de revoir notre cadre réglementaire, notamment en fixant des objectifs pour 2030.

Qu’en est-il des renouvelables pour la production thermique et gazière au niveau européen ?

MW : S’il y a des progrès énormes de la part des renouvelables dans la production d’électricité, malheureusement ce n’est pas encore le cas dans d’autres secteurs. La chaleur et le froid représentent environ la moitié de la consommation finale d’énergie en Europe. Malgré des signes encourageants, les progrès dans ce secteur ont été lents – plus lents que pour l’électricité. Les énergies fossiles sont encore majoritaires : aujourd’hui, près de 75% de l’énergie utilisée pour le chauffage et le refroidissement est d’origine fossile; et 68% des importations de gaz de l’UE sont destinées au chauffage. La part des énergies renouvelables dans ce secteur n’était encore que de 19% en 2016. Nous devons faire plus si nous voulons réduire notre dépendance aux importations de produits pétroliers et atteindre nos objectifs d’énergies renouvelables et de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Parmi les actions que nous mettons en place dans ce domaine, un texte sur la performance énergétique des bâtiments vient d’être approuvé par les gouvernements de l’UE et le Parlement européen. Cette directive sera le premier texte adopté parmi les propositions du paquet Énergie propre pour tous les Européens.

Nous avons aussi prévu de nous attaquer plus directement à la chaleur et au refroidissement dans le cadre de la directive énergies renouvelables. Nous avons en effet proposé pour les États membres l’objectif d’une augmentation, chaque année entre 2020 et 2030, d’au moins un point de pourcentage de la part des ENR dans ce secteur. Le texte vise également à mettre en place
un cadre de marché pour les réseaux de chaleur et de froid, en vue de guider les investissements et d’établir des conditions favorables aux renouvelables.

Quels sont les objectifs envisagés et quels sont les mécanismes prévus par les États membres pour les atteindre ?

MW : Nous sommes au stade final de la révision de la directive renouvelables. Le trilogue entre les trois institutions – le Parlement, le Conseil des ministres et la Commission européenne
– est engagé. Une question très politique doit être tranchée, qui est celle de l’objectif pour 2030. La proposition initiale de la Commission établissait un objectif d’au moins 27% de renouvelables dans le mix énergétique. Cependant, la baisse très substantielle des coûts des technologies renouvelables joue en notre faveur, et nos calculs indiquent qu’il est aujourd’hui possible d’atteindre des objectifs significativement plus élevés à un coût comparable à ce que nous avions alors envisagé pour 27%.

Le Parlement européen veut ainsi un objectif d’au moins 35%. De son côté, l’Agence Internationale pour les Énergies Renouvelables estime que l’UE pourrait multiplier par deux son taux d’énergies renouvelables et atteindre 34% d’ici à 2030 de façon coût-efficiente. Cette discussion est importante : je crois que les ENR sont maintenant devenues compétitives, et qu’il faut un objectif ambitieux pour l’Europe.

Du côté des moyens, je souhaiterais pour finir souligner l’importance de soutenir le développement de l’autoconsommation. Ce point est en discussion avec les États membres. Il faut trouver un juste moyen de couvrir et partager les coûts de manière équitable entre tous les usagers, mais il faut aussi donner la possibilité aux citoyens de produire leur propre électricité. Nous avons là aussi des propositions à faire. Cette directive va nous permettre d’avoir ensemble en Europe plus de renouvelables, une fois que nous aurons conclu les négociations, ce qui est prévu pour cet été.

Quels sont les objectifs envisagés dans le secteur des transports ? Quels sont les moyens prévus ?

MW : Au cours des 25 dernières années, les émissions du secteur des transports ont augmenté de manière constante du fait de l’accroissement de la demande de mobilité. Aujourd’hui, le transport routier représente 22% des émissions de gaz à effet de serre de l’UE.

La Commission européenne a adopté en novembre dernier un paquet de mesures intitulé « En route vers une mobilité propre ». Ces mesures incluent notamment un plan d’actions pour le déploiement des infrastructures de carburants alternatifs, des standards renforcés d’émissions de CO2 et une initiative industrielle européenne sur les batteries. Mais ces efforts ne doivent pas
être envisagés en isolation, mais comme une partie intégrante de notre projet d’Union de l’Énergie. En effet, l’électrification du secteur des transports en particulier peut être un levier essentiel d’un déploiement à grande échelle des renouvelables dans la production électrique. D’autres considérations sont importantes en ce qui concerne les biocarburants, en particulier celles liées
à la durabilité à la fois de la provenance et de l’usage de ces carburants. La proposition de révision de la Directive sur la promotion des énergies renouvelables prend en compte ces différents paramètres. Elle comporte des objectifs chiffrés pour la pénétration des énergies renouvelables dans le transport et renforce les critères de durabilité des biocarburants, notamment en réduisant la part autorisée de biocarburants produits à partir de végétaux alimentaires dans la consommation d’énergie du secteur. À travers notre programme Horizon 2020, nous continuerons également à renforcer notre soutien aux technologies d’électromobilité, afin de permettre des démonstrations à taille réelle de solutions innovantes tout au long de la chaîne de valeur.

Est-ce que la Commission européenne s’intéresse au gaz renouvelable ? Pensez-vous qu’il ait sa place dans le mix énergétique européen à l’horizon 2030 ?

MW : L’objectif est de 20 % d’ENR en 2020. Au-delà de 2020, la Commission considère que les gaz renouvelables ont un intérêt particulier, comme nouvelle source de gaz propre à différents usages (production d’électricité ou de chauffage, injection dans le réseau gazier, utilisation dans les transports ou l’industrie…). Le développement de la filière du gaz renouvelable présente de nombreux avantages puisqu’il implique une amélioration de la gestion des déchets, un potentiel de développement économique important pour les territoires ruraux et une solution
aux problèmes de stockage d’électricité (avec les solutions “power-to-gaz” basées sur l’électricité d’origine renouvelable), tout en utilisant les infrastructures existantes.

La proposition de la Commission de refonte de la directive sur les énergies renouvelables pour la période 2020-2030 reconnaît très largement ce potentiel et a renforcé les dispositions sur le gaz renouvelable.