Dossier : la Vendée

La Vendée, terre d’innovation

Les expérimentations menées dans les territoires sont une vitrine du savoir-faire français sur les réseaux électriques intelligents. La Vendée, à travers le SyDEV, n’échappe pas à cette tendance. Reportage sur le terrain…

En juillet dernier, plusieurs membres du collège de la CRE se sont rendus à La Roche-sur-Yon puis à Nantes pour y rencontrer le Syndicat départemental d’Energie et d’Equipement de Vendée (SyDEV) et Enedis. Cette journée particulièrement riche d’échanges a montré une fois de plus la place importante qu’occupent les smart grids dans le paysage énergétique d’aujourd’hui dans les territoires. Comme l’a souligné Catherine Edwige, commissaire à la commission de régulation de l’énergie, « il est important de venir sur le terrain, en percevoir les réalités, recueillir le ressenti des acteurs et s’en servir pour intégrer les smart grids dans la régulation ».

En 2000, la Vendée était totalement dépendante pour son alimentation en électricité, ne disposant sur son territoire d’aucune centrale de production d’électricité. « Le SyDEV se met alors en ordre de bataille pour produire sa propre énergie » explique Alain Lebœuf, son président. Les résultats sont au rendez-vous : aujourd’hui, les centrales de production vendéennes sur terre (éoliennes terrestres et photovoltaïques) couvrent près de 11% de la consommation annuelle d’électricité du département versus 5% pour le territoire national. Parallèlement, et dans un souci de maîtrise de la consommation d’énergie, les pouvoirs publics vendéens souhaitent promouvoir les effacements de consommation et débutent d’ambitieux travaux de rénovation énergétique sur les bâtiments publics.

Très impliquée depuis 10 ans dans la transition énergétique, la Vendée multiplie les projets et toute initiative qui vont dans ce sens : éoliennes en mer, parcs éoliens et photovoltaïques, bornes de recharges intelligentes, développement du gaz naturel pour les véhicules électriques (GNV)… La Vendée s’est naturellement imposée comme un haut-lieu des expérimentations Smart grids avec le premier démonstrateur déployé à la maille départementale : le projet Smart Grid Vendée.

Le SyDEV ambitionne d’accroître l’importance du gaz naturel dans le bouquet énergétique vendéen. De fait, le nombre de communes desservies par le réseau de gaz naturel a doublé ces dix dernières années. Ces efforts en faveur de la transition énergétique et écologique ont été récompensés au niveau national par le label en 2015 « Territoires à énergie positive pour la croissance verte » par le Ministère de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie.

 

 

 

 

 

La Vendée promeut l’éco-mobilité

Grâce à l’engagement du SyDEV en faveur du développement de l’électromobilité sur le territoire vendéen, la Vendée affiche le meilleur taux de pénétration des véhicules électriques en France.
Alain Lebœuf attribue ce franc succès à la collaboration du département avec les concessionnaires pour identifier les besoins du marché.

Pour que l’éco-mobilité se développe, il a fallu développer le réseau de bornes de recharge sur le territoire tout en incitant la population à découvrir et à tester les véhicules électriques. Les zones blanches, c’est-à-dire les zones non équipées d’une infrastructure de recharge de véhicule électrique, font désormais partie du passé. En effet, le réseau départemental d’infrastructures de recharge a été renforcé et compte désormais 80 bornes réparties sur 48 communes, auxquelles viendront s’ajouter 20 nouvelles bornes d’ici 2018. À terme, il y aura en Vendée une borne de recharge pour 1 800 habitants contre 3 600 en moyenne sur le territoire national. La Roche-sur-Yon accueille les premiers prototypes de bornes CityCharge© conçues par Bouygues Energies Services. Installées sur les mats des candélabres, ces bornes nouvelles génération assurent la recharge des véhicules électriques via le réseau d’éclairage public auquel elles sont directement reliées, une première en France.

Le Sydev ne s’arrête pas là et explore les possibilités qu’offre l’utilisation du GNV (gaz naturel pour véhicules). En étroite collaboration avec la Fédération nationale des transports routiers (FNTR) et la Fédération nationale des transports de voyageurs (FNTV), sept stations GNV ont été installées dans le département ainsi qu’une station bio GNV, qui utilise l’hydrogène issu d’unités de méthanisation. Compte-tenu des spécificités locales (nombreux ports de plaisance, lignes ferroviaires non électrifiées), le SyDEV s’interroge aussi sur l’opportunité de développer à l’avenir l’hydrogène pour les bateaux et les locomotives.

Pour encourager l’éco-mobilité sous toutes ses formes, le SyDEV organise chaque année depuis quatre ans le Vendée Énergie Tour qui promeut la mobilité durable, les carburants alternatifs, la mobilité douce et les énergies renouvelables. La dernière édition a eu lieu du 10 au 24 juin 2017.

 

La Vendée, un modèle d’expérimentation Smart Grid réussi

Lancées en 2013, les expérimentations menées dans le cadre du démonstrateur Smart grid Vendée prendront fin au printemps 2018. À ce titre, plusieurs constats peuvent être faits sur cette expérimentation.

Doté d’un budget total de 29 M€, dont 9,5 M€ d’aides publiques, le projet Smart grid Vendée réunit huit partenaires : le gestionnaire de réseau de distribution d’électricité Enedis, le SyDEV, le gestionnaire de réseau de transport d’électricité RTE, l’agrégateur Actility, le Conservatoire national des Arts et Métiers (CNAM) de La Roche-sur Yon, l’équipementier General Electric, le fournisseur de services énergétiques Engie Ineo et l’équipementier Legrand. Piloté sur le plan technique par Enedis et coordonné par le SyDEV, Smart Grid Vendée doit aboutir à l’élaboration d’un modèle d’affaires viable intégrant trois axes forts que sont :
• la gestion des énergies renouvelables et des nouveaux usages de consommation électriques ;
• le développement de projets de production d’électricité à partir d’énergie renouvelable ;
• la possibilité de donner de la visibilité et de la prévision sur le réseau.

Sont concernés 6 parcs éoliens (50MW), 36 centrales photovoltaïques en toiture (2MW) ainsi que 120 bâtiments publics, le réseau d’éclairage public et un site industriel qui représentent des capacités d’effacement, le tout réparti sur 6 postes sources concentrant 60 % de la production électrique vendéenne.

Pour faciliter l’insertion des EnR sur les réseaux électriques, le démonstrateur vendéen teste aussi la réalisation d’effacements et une solution de raccordement « alternatif » pour les installations de production renouvelables.
Ce projet est avant tout l’occasion de confronter la réalité du terrain aux protocoles informatiques, aux contraintes d’exploitation, et à la couverture des besoins. Une enquête sociétale menée dans les bâtiments publics et auprès des personnels montre que les consommateurs sont favorables à ces évolutions.

À quelques mois de la fin du projet, le retour d’expérience de Smart grid Vendée prouve sa pertinence pour le répliquer sur d’autres territoires et à terme envisager son industrialisation. « Le déploiement industriel est un défi aujourd’hui » comme le souligne Yann Dandeville, responsable du service développement et innovation du SyDEV. Il reste encore à améliorer la fiabilité de certaines technologies, la définition des standards et la stabilisation des modèles économiques.
Dominique Viou, directeur technique d’Enedis, a rappelé l’importance de « la notion de business », car l’industrialisation des smart grids est conditionnée à l’émergence de modèles d’affaires viables à long terme. Il ressort en particulier des expérimentations menées que la valeur des flexibilités, c’est-à-dire le maintien de l’équilibre entre l’offre et la demande, avec le recours à l’effacement ou encore le stockage d’électricité reste faible à l’heure actuelle. Ce point est d’autant plus important que la maîtrise de la demande en énergie n’a pas été assez prise en compte. Pourtant, Patrick Villalon, directeur général du SyDEV a rappelé qu’elle constituait « un préalable indispensable aux flexibilités et un important levier de développement » pour la plateforme d’agrégation conçue pour Smart grid Vendée.

QUELQUES MOTS-CLES

Effacement : le gestionnaire de réseaux de distribution ou le fournisseur d’énergie encourage le consommateur à reporter ou réduire temporairement (volontairement ou par acceptation en réaction à une sollicitation) sa consommation d’électricité.

Postes source : les réseaux de distribution ont comme point de départ les postes sources, qui comportent des transformateurs HTB/HTA. Ils sont la jonction entre le réseau de transport en HTB et le réseau de distribution en HTA et BT.

Flexibilité : certaines portions des réseaux de transport et de distribution d’électricité sont dites «en contrainte» lorsque les capacités techniques de ces lignes ou de ces équipements sont atteintes. Afin de pallier à ces contraintes, souvent transitoires, les gestionnaires de réseaux peuvent, plutôt que de renforcer les réseaux pour en accroître durablement les capacités, recourir à des solutions dites de «flexibilité».
Celles-ci désignent ainsi l’ensemble des moyens alternatifs à un tel renforcement (stockage, modulation de la demande, etc.).