Équilibrage du système électrique en cas de situation tendue : le cas de l’interruptibilité

Le 10 janvier dernier vers 21h00, la fréquence du système électrique français et européen a chuté pour passer sensiblement en dessous de 50 Hz. En réponse, le gestionnaire du réseau public de transport d’électricité, RTE a eu recours à l’interruptibilité. Retour sur ce dispositif.

Il est indispensable d’équilibrer en permanence et en temps réel l’offre et la demande en électricité. En Europe, le réseau électrique doit fonctionner à une fréquence stabilisée autour de 50 Hz : la fréquence est à 50 Hz lorsque la production et la consommation sont parfaitement équilibrées.

Pour assurer l’équilibre du système, les acteurs du système électrique adaptent en permanence leur production pour qu’elle corresponde aux besoins des consommateurs. En complément, RTE dispose de capacités d’équilibrage automatiques ou manuelles pour résorber les déséquilibres résiduels entre la production et la consommation d’électricité, et ainsi contenir les variations de fréquence.

Outre les réserves d’équilibrage « classiques », la France – comme plusieurs pays européens tels que l’Allemagne ou l’Espagne – a mis en place un dispositif supplémentaire pour garantir la sécurité d’approvisionnement dans des situations critiques d’exploitation du système électrique : l’interruptibilité.

L’interruptibilité consiste à réduire de manière instantanée et avec un préavis très court la puissance de soutirage d’un ou plusieurs utilisateurs raccordé(s) au réseau public de transport d’électricité. De manière concrète, cela se traduit par une interruption quasi-instantanée de la consommation de certains consommateurs industriels volontaires pendant une courte période, afin de diminuer la demande en électricité et de rétablir l’équilibre offre-demande. Elle n’est utilisée que dans des situations de tension accrue sur le système électrique.

Les consommateurs industriels concernés ont positivement répondu à l’appel d’offres de contractualisation de capacités interruptibles publié par RTE chaque année. Pour pouvoir être éligible au dispositif d’interruptibilité, ils doivent être raccordés au réseau français de transport d’électricité, disposer d’une puissance souscrite supérieure à 25 MW et posséder un processus permettant d’interrompre leur consommation en moins de 5 ou 30 secondes.

En 2018, l’ensemble des capacités interruptibles en France représentaient 1530 MW répartis sur 22 sites industriels, pour un coût d’environ 96 millions d’euros. Les capacités interruptibles sont régulièrement testées pour vérifier que les industriels respectent bien le cahier des charges établi par RTE.

A l’été 2016, le dispositif a été testé pour sécuriser l’alimentation en électricité de la région PACA pendant les incendies autour de Fos-sur-Mer (cela a permis de lever une contrainte locale sur le réseau qui en découlait). Il a fait l’objet d’un autre test en janvier 2019 pour sécuriser l’approvisionnement au niveau européen suite à une chute importante de la fréquence.

Mais c’est la première fois que le système était appelé à fonctionner « pour de vrai ». Cela a fonctionné : chacun doit s’en réjouir.

Consulter le communiqué de la CRE du 12 janvier 2019