Jacques J.P. Martin, Président du SIPPEREC

Président du Syndicat intercommunal de la périphérie de Paris pour les énergies et les réseaux de communication (SIPPEREC) depuis mai 2014, Jacques J.P. Martin rappelle le rôle des autorités organisatrices de la distribution d’électricité en Île-de-France. Partenaire public des collectivités, engagé à leurs côtés, le SIPPEREC accompagne, conseille et assiste les territoires d’Île-de-France dans la mise en oeuvre de leur transition énergétique et numérique. Le SIPPEREC développe les énergies renouvelables, la mobilité propre, la géothermie et l’hydrogène.

Quels sont le rôle et les compétences du SIPPEREC ?

Jacques J.P. Martin : Créé en 1924 pour assurer la distribution d’électricité, le SIPPEREC a élargi progressivement son champ d’action aux énergies renouvelables et aux réseaux et services numériques pour aider les territoires d’Île-de-France à relever les défis de la transition énergétique et numérique. Le syndicat compte 115 adhérents et est un acteur public incontournable en tant que producteur d’énergies renouvelables, en matière d’aménagement et de services numériques mais aussi en matière d’achat public avec sa centrale d’achat SIPP’n’CO. Depuis sa création, le SIPPEREC travaille pour les collectivités, quelle que soit leur taille, afin de leur faire bénéficier de la mutualisation des moyens et des offres de service et des expertises.

Le rôle du SIPPEREC est de s’assurer de la qualité des réseaux mais aussi la qualité de la distribution de l’électricité. Il garantit le déploiement des réseaux numériques très haut débit, au plus grand nombre et en particulier dans les quartiers de basse densité. Ainsi, nous venons de créer, en partenariat avec la Métropole du Grand Paris, un observatoire du déploiement du très haut débit sur nos territoires. Seul syndicat ayant la double compétence électricité et numérique, le SIPPEREC doit veiller à une convergence des réseaux au service de la ville connectée de demain. Enfin, nous participons au développement des énergies renouvelables, nous proposons des solutions pour améliorer la performance énergétique et pour accompagner le déploiement des véhicules propres.

En tant qu’autorité organisatrice de la distribution d’électricité (AODE), le SIPPEREC est particulièrement attentif à la qualité de l’électricité, à la sûreté et au développement du réseau. Dans le cadre des nouveaux tarifs Turpe à venir, qu’attendez-vous de la CRE ?

JJPM : Le tarif d’acheminement de l’électricité est un sujet essentiel pour nous. Nous attendons du régulateur qu’il continue, comme il le fait depuis le Turpe 3, à reconnaître la spécificité de l’économie concessionnaire et donc à utiliser la méthode comptable pour construire le tarif. En outre, le niveau de rémunération accordé à Enedis doit refléter les risques auxquels la société est confrontée. En clair, la baisse des taux directeurs de la banque centrale européenne doit être répercutée dans le Turpe. Enfin, comme nous l’avons déjà indiqué à la CRE, il nous semblerait utile de renforcer les incitations financières sur les aspects techniques de la distribution d’électricité. Les délais de raccordement sont un sujet de préoccupation. Pour un branchement simple, le temps d’attente moyen est actuellement de cinq mois. Cela nous semble encore bien trop long.

Êtes-vous satisfait de la remontée des données par Enedis ? Quelles sont les obligations des collectivités dans ce domaine ?

JJPM : Il y a en effet un débat avec Enedis sur le sujet des données. Nous attendons d’un gestionnaire de réseau un accès à l’ensemble des informations pour exercer nos missions d’organisation de la distribution publique d’électricité. À ce titre, faut-il le rappeler, les collectivités sont propriétaires des réseaux. Ces données nous sont nécessaires pour planifier l’organisation des réseaux mais aussi pour agir sur la précarité énergétique de manière efficiente. Sujets sur lesquels nous devons apporter des réponses claires aux collectivités qui nous ont mandatés et au final aux consommateurs. Il nous semble important que les villes puissent profiter des données de plus en plus nombreuses et fiables recueillies par le GRD.

Sur tous ces sujets, le SIPPEREC souhaite forger un véritable partenariat avec ENEDIS afin d’assurer ensemble les missions de service public au service de nos concitoyens à égalité de droits et de devoirs.

Le comité de prospective de la CRE sur « La transition énergétique dans les territoires » estime que le pouvoir de négociation des collectivités face au GRD s’est renforcé. Êtes-vous d’accord avec cette affirmation ?

JJPM : Je salue la qualité de ce rapport. Mais, sur la question des relations entre les autorités concédantes et le concessionnaire, je ne partage pas l’enthousiasme des rapporteurs qui considèrent que le pouvoir de négociation des AODE a été renforcé. À ce sujet le 2 octobre, à l’occasion de son congrès à Nice, la FNCCR a adopté une motion rappelant à Enedis la nécessité de laisser une marge de manoeuvre à ses équipes dans les négociations locales. Tout en défendant le principe de péréquation tarifaire, les syndicats d’énergie doivent pouvoir faire valoir leurs spécificités territoriales. En 2016, nous avons renégocié notre contrat avec Enedis. Les discussions ont duré deux ans et nous ont permis de faire prendre en compte nos enjeux locaux.

Comment vous êtes-vous organisés en interne pour jouer votre rôle dans un contexte plus complexe qu’avant la libéralisation du secteur ?

JJPM : Nous avons renforcé nos équipes de façon à être à la hauteur des enjeux dans de nombreux secteurs liés à l’énergie et au numérique. Notre première action a été de faire profiter les collectivités de la concurrence dans la fourniture d’énergie en organisant des groupements d’achats. Aujourd’hui, nous sommes l’un des plus gros acheteurs d’électricité en France, avec plus de 2 TWh et plus de 500 personnes morales adhérentes. Les économies d’échelle sont considérables pour les collectivités. Nous avons des ingénieurs et des spécialistes au SIPPEREC, tous passionnés par leur travail. Nous avons cherché à faire preuve d’agilité et nous nous efforçons d’être un partenaire constructif. Préoccupés par la hausse des prix de l’électricité, nous avons aussi pris position pour demander au gouvernement le déplafonnement de l’Arenh.

Quelles sont les initiatives du SIPPEREC en faveur de la transition énergétique ?

JJPM : Nous sommes devenus le premier producteur public d’énergie renouvelable en Ile-de-France. Nous avons déjà équipé 90 bâtiments avec du photovoltaïque. Ils seront 100 en quelques années, nous avons déployé 5 réseaux de chaleur à base de géothermie profonde qui desservent l’équivalent d’une ville comme Rennes.

Nous nous investissons aussi dans la mobilité propre. Nous proposons aux communes, qui nous transfèrent la compétence, de réhabiliter les stations Autolib’ et d’installer d’autres bornes de recharge pour véhicules électriques. L’objectif est de développer un réseau homogène à l’échelle de notre territoire. Nous visons plus de 3 000 bornes en service d’ici à 2022, nous travaillons aussi sur l’hydrogène, une énergie d’avenir qui permettra de stocker l’électricité produite à partir de sources d’énergie renouvelables. Nous avons été sélectionnés par l’Ademe pour un projet de production d’hydrogène vert à partir de l’énergie récupérée sur le centre d’incinération des déchets ménagers de Créteil.

Par ailleurs, en Ile-de-France, et indépendamment des réformes envisagées par le Gouvernement, il me paraît essentiel de favoriser les coopérations et les convergences. C’est le sens de ce que nous avons fait avec la création avec nos homologues, du pôle énergie Ile-de-France. De mon point de vue, celui-ci devrait maintenant aller plus loin en pouvant porter des projets concrets en plus de favoriser la coordination des syndicats d’énergie franciliens. Le processus d’appels à projets régional devrait nous permettre de mieux travailler ensemble.

Je suis convaincu que des coopérations renforcées sur des sujets communs doivent être mises en place entre certains syndicats aux premiers rangs desquels le SIPPEREC et le SIGEIF. Nos collègues du SIAAP et du SYCTOM sont aussi convaincus que nous par la transition énergétique.