Marianne Laigneau – Présidente du directoire d’Enedis

Nommée présidente du directoire en février 2020, Marianne Laigneau souhaite inscrire Enedis au coeur de la transition écologique. Pendant la crise sanitaire, l’entreprise a su assurer la continuité du service public essentiel de la distribution d’électricité. Le retour d’expérience de cette période difficile alimentera le nouveau projet d’entreprise actuellement en cours d’élaboration. Enedis a profondément évolué ces dernières années. Cette transformation va se poursuivre, basée sur l’innovation qui doit permettre de relever le défi de la transition écologique, tout en limitant les coûts.

Vous avez été nommée présidente du directoire d’Enedis en février 2020. Quel est votre projet pour l’entreprise ?

Marianne Laigneau : Nous sommes actuellement en train de co-construire avec les équipes le projet industriel et humain d’Enedis pour 2020-2025. Je souhaite qu’il s’inscrive de manière volontariste et durable dans la transition écologique. Nous avons lancé une vaste consultation en interne, ce qui n’avait jamais été fait auparavant. J’ai souhaité commencer par solliciter l’ensemble des 38 000 salariés sur leurs attentes, sur les forces et les points de progrès d’Enedis. La consultation a été lancée pendant le confinement car la crise nous semblait être le bon moment pour s’interroger sur notre rôle social et sur l’avenir. Un salarié sur deux y a participé et nous avons reçu 180 000 contributions. La réflexion va se poursuivre dans le cadre d’ateliers thématiques. En parallèle, nous rencontrons nos parties prenantes — nos clients, les élus, les autorités organisatrices de la distribution, les associations, nos prestataires, nos fournisseurs — pour leur poser les mêmes questions.
Nous voulons savoir comment ils nous perçoivent, quelles sont nos forces, quels sont nos axes d’amélioration et quels sont nos défis afin d’en tenir compte dans notre projet d’entreprise. C’est une première. Cela aussi, nous ne l’avions jamais fait auparavant. Le projet sera finalisé à la rentrée.

S’il est encore trop tôt pour dévoiler les thématiques sur lesquelles vous travaillez, pouvez-vous nous dire quelles seront les lignes de force de ce projet d’entreprise ?

Marianne Laigneau : Ce sera un projet ambitieux, innovant et au service de la performance d’Enedis. Il reposera sur les valeurs du service public, sur la confiance, mais aussi sur la modernité et l’agilité. L’entreprise s’est beaucoup transformée ces dernières années, nous allons continuer et amplifier cette transformation. Notre force est notre modèle double d’entreprise à la fois nationale et totalement ancrée dans les territoires, puisque nous sommes organisés en 25 entités régionales.
Le réseau de distribution doit devenir moderne, bi-directionnel et « intelligent » au service de la transition écologique.

Quel est le bilan du déploiement de Linky ? Que permet ce nouveau compteur ?

Marianne Laigneau : Trois foyers sur quatre sont dorénavant équipés de Linky. 26 millions de compteurs ont été installés. S’y ajoutent 500 000 compteurs communicants chez des clients industriels. Aujourd’hui, Enedis gère la plus importante flotte d’objets connectés en France. 90 % de nos clients se sont déclarés satisfaits à la pose. Pendant le confinement, les Français se sont massivement abonnés à leur espace personnel sur Internet. Ils sont maintenant 1,2 million à avoir activé leur compte et à le consulter régulièrement. Pendant la crise sanitaire, Linky nous a permis d’effectuer deux millions de télé-opérations — afin d’assurer des mises en service, de gérer des déménagements, d’opérer des changements de puissance, etc. — et 10 000 diagnostics à distance. Il nous sert aussi à piloter le réseau.

Nous pouvons dépanner un client avant même que celui-ci ne se rende compte qu’il y avait une panne. En outre, Linky nous permet de faire de la maintenance préventive grâce à de l’intelligence artificielle. Enfin, nous pouvons fournir des données solides à nos clients et des données agrégées aux collectivités locales pour les aider, par exemple, à cibler efficacement leurs actions de rénovation énergétique des bâtiments.

Quels sont les enjeux d’avenir pour les réseaux de distribution d’électricité ?

Marianne Laigneau : Nous avons dû nous adapter au développement des installations de production d’électricité à partir de sources d’énergie renouvelables. 23 GW de solaire et d’éolien sont raccordés à notre réseau, soit 445 000 producteurs au total ! Chaque année, nous en raccordons 30 000 de plus. Ce rythme devrait doubler d’ici à 2035. Le défi pour Enedis est d’intégrer cette production intermittente et de la raccorder dans des conditions satisfaisantes. Le développement de la mobilité électrique est le deuxième enjeu. Aujourd’hui, 30 000 points de recharge publics sont raccordés au réseau d’Enedis.
Le gouvernement vient de fixer un objectif de 100 000 points de charge en 2021. Enfin, l’auto-consommation individuelle a triplé en deux ans, avec 70 000 sites à ce jour. Nous essayons d’économiser et de rendre efficients nos investissements. Nous avons donc des sujets d’innovation que nous partageons avec la CRE qui nous encourage beaucoup dans cette voie. Nous expérimentons des raccordements intelligents, le recours à de la flexibilité, à des moyens de stockage. Malgré cela, nous estimons les investissements nécessaires à 69 milliards entre 2019 et 2035.

Comment a été gérée la crise sanitaire à Enedis et comment se passe le « retour à la normale » ?

Marianne Laigneau : La crise a été un moment complexe, mais Enedis s’est montré efficace et performant. Nous nous sommes adaptés pour délivrer les missions de service public essentielles dont nous sommes chargés et pour protéger la santé de nos salariés et de nos prestataires. Près de 20 000 salariés ont basculé en travail à distance du jour au lendemain. La continuité de la distribution d’électricité a été pleinement assurée. Les salariés se sont beaucoup engagés pour continuer à dépanner et à accueillir nos clients. Nous sommes restés en contact étroit avec les élus. En revanche, nous avons dû suspendre certaines activités comme le déploiement de Linky. En tant qu’entreprise
socialement responsable, nous avons consenti un très gros effort de trésorerie envers nos fournisseurs auxquels nous avons réglé le plus vite possible leurs prestations. Nous avons aussi commandé du matériel pour la suite. Bercy nous a classé parmi les dix entreprises qui ce sont le mieux comportées vis-à-vis de leurs fournisseurs. Aujourd’hui, toutes nos activités ont repris.
Cette expérience nous a permis de constater que nous pouvions encore évoluer dans nos modes de travail et de management.

Enedis a-t-il un rôle à jouer dans le cadre du plan de relance de l’économie ?

Marianne Laigneau : Comme acteur de la filière de l’énergie, Enedis a bien sûr un rôle à jouer dans les plans européen, national ou régionaux de relance de l’économie. Et cela, dans trois dimensions, à savoir la transition écologique, la mobilité électrique et la rénovation thermique des bâtiments. En outre, Enedis fait partie d’une filière électrique qui crée des emplois.
Chaque année, nous avons 4 milliards d’euros d’achats, qui sont effectués à 98 % en France, dont 50 % auprès de TPEPME.
Nous allons recruter 1 200 salariés et alternants en 2020, non seulement sur des métiers opérationnels, mais aussi sur des métiers liés au numérique, au système d’information et à l’innovation.

Vous avez a été nommée présidente de Think Smart Grid en juin 2020. Quel est l’objectif de cette association ?

Marianne Laigneau : Think Smart Grid, c’est « l’équipe de France des smart grids ». Créée en 2015, l’association regroupe les acteurs de la filière des « réseaux intelligents » en France et promeut leur savoir-faire à l’international. Elle compte une centaine de membres (opérateurs de réseaux, équipementiers, acteurs de la filière électrique, fournisseurs d’énergie, instituts de recherche, opérateurs de télécom, associations professionnelles, etc.). Elle regroupe des grands acteurs, mais aussi des TPE, des PME et des start-up. Ce marché représente 2 milliards d’euros en France, et 7 milliards d’euros si on tient compte des projets à l’international. Il est appelé à croître encore davantage. Plusieurs démonstrateurs ont été développés ces dernières années, auxquels Enedis a contribué. Nous devons aujourd’hui poursuivre l’industrialisation des nombreuses expérimentations réussies. Think Smart Grid a également présenté un plan de relance aux pouvoirs publics, qui comporte 14 recommandations autour notamment de l’utilisation de la donnée.